Entretien
HORON TV : Comment analysez-vous cette hausse des prix des carburants au Mali ?
Modibo Mao Makalou : Écoutez, merci pour votre question. Vous savez, il y a une guerre qui a été enclenchée le 28 février 2026 au Moyen-Orient et qui implique la plupart des pays producteurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient. Je parle de l’Irak, de l’Iran, du Koweït, d’Oman, de Bahreïn, des Émirats arabes unis, du Qatar et de l’Arabie saoudite.
Donc, il y a 20 % de la production mondiale de pétrole et 30 % de la production mondiale de gaz qui quittent cette région pour les autres régions du monde. Ce sont parmi les plus grands producteurs. Sur le marché international des hydrocarbures, environ 100 millions de barils se vendent chaque jour.
Mais on a appris, à travers l’Agence internationale de l’énergie, qu’il y a 11 millions de barils qui manquent au marché mondial chaque jour à cause de la guerre au Moyen-Orient. Cela fait que les quantités disponibles ont diminué sur le marché et les prix ont augmenté. Et comme la plupart des pays du monde sont importateurs d’hydrocarbures, que ce soit des produits bruts ou raffinés en Afrique, ce sont surtout des produits raffinés que nous importons, c’est environ 600 000 barils par jour que l’Afrique importait de cette zone avant.
Donc, les prix fournisseurs ont augmenté, c’est-à-dire le prix auquel on s’approvisionne a augmenté, et évidemment cela a été répercuté à la pompe.
HORON TV : Pourquoi le gasoil est-il devenu plus cher que l’essence ?
Modibo Mao Makalou : Oui, j’ai remarqué la même chose. C’est quand même étonnant. C’est la première fois que le gasoil coûte plus cher que l’essence, en tout cas de mémoire récente.
Je pense que cela part du constat qu’il y a maintenant beaucoup plus de véhicules et d’engins lourds qui utilisent du gasoil que de l’essence. Progressivement, on peut dire qu’il y a plus de consommation de gasoil au Mali que d’essence. Donc, une hausse du prix du gasoil va générer plus de recettes, enfin plus de bénéfices pour les importateurs d’hydrocarbures, mais aussi plus de recettes fiscales pour l’État.
HORON TV : Quelles sont les conséquences immédiates pour les populations ?
Modibo Mao Makalou : C’est un renchérissement des prix généraux, une hausse de l’inflation. Vous savez, quand le prix des hydrocarbures augmente, le prix de l’énergie augmente, le prix des transports augmente, le prix de l’alimentation augmente, parce que les intrants agricoles sont fabriqués sur la base d’hydrocarbures. Les produits que nous consommons tous les jours, en plastique et autres, sont aussi faits à base d’hydrocarbures.
Mais surtout, le fait que les coûts des transports aient augmenté. Si vous achetez un produit, il est produit à un endroit et vendu à un autre, donc il faut qu’il soit transporté. Quand ces coûts augmentent, cela renchérit les produits.
C’est pour cela que, dans les jours à venir, vous allez entendre que beaucoup de prix ont augmenté à cause de la hausse du prix des hydrocarbures.
HORON TV : Quels sont les secteurs les plus touchés ?
Modibo Mao Makalou : Je pense que nous, en Afrique, serons les plus touchés par les prix de l’alimentation. Entre 40 % et 60 % des revenus des Africains sont consacrés à l’alimentation, parce que nous avons des familles nombreuses et que l’alimentation coûte plus cher en Afrique qu’ailleurs.
L’Afrique importe un tiers des denrées alimentaires qu’elle consomme. Donc, même lorsque ces denrées sont disponibles, elles vont coûter plus cher. Cela va entraîner une hausse du coût de l’alimentation et donc de l’inflation, et une baisse du pouvoir d’achat des citoyens africains.
HORON TV : Quel impact sur les entreprises et, plus largement, sur l’économie ?
Modibo Mao Makalou : C’est le même impact : le renchérissement des coûts des facteurs de production, de la main-d’œuvre et du capital physique. C’est une inflation généralisée à laquelle nous allons faire face.
Cela va diminuer le pouvoir d’achat, mais surtout, les hydrocarbures entrent dans la production nationale. C’est un facteur déterminant de la production et de la consommation nationales. Or, ce que les citoyens consomment représente une grande partie du revenu national.
Donc, quand les prix augmentent et que les revenus ne suivent pas, la consommation diminue. On espère que cela ne mènera pas à une récession. Il faudrait une relance économique et peut-être subventionner les denrées alimentaires.
Les prix à la pompe sont déjà subventionnés. L’Office malien des produits pétroliers a expliqué qu’environ 3 milliards de FCFA sont alloués chaque mois à cette subvention. C’est un effort important, mais probablement insuffisant.
HORON TV : Quelles solutions pour limiter les effets sur les Maliens ?
Modibo Mao Makalou : Il faut des amortisseurs économiques. On ne peut pas trop baisser les prix, ni trop les augmenter, ni rationner les produits. Il faut aller vers des subventions directes.
Il faut préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Si les prix sont trop élevés, cela ne sera bon ni pour les vendeurs ni pour les acheteurs, et cela peut entraîner des crises économiques.
L’État doit faire des efforts supplémentaires, même s’il en fait déjà. Avec le déficit budgétaire et la dette publique, il faudra adopter une politique fiscale plus conciliante, en soutenant les entreprises et surtout les ménages vulnérables.
Il faut aussi s’assurer que les denrées alimentaires soient disponibles sur le marché à un coût abordable. Le plafonnement des prix pourrait entraîner des pénuries et favoriser le marché noir.
L’objectif est d’augmenter l’offre et d’assurer la disponibilité des produits sur tout le territoire. Le Mali importe plus de 500 milliards de FCFA de denrées alimentaires chaque année. Il faut donc identifier les produits de première nécessité à rendre accessibles dans les jours à venir.
L’impact de cette hausse se fait déjà sentir dans le secteur des transports, où les prix ont fortement augmenté.
Le gouvernement dénonce des hausses jugées excessives, notamment sur le transport interurbain, et non proportionnelles à l’augmentation du carburant. Il appelle les transporteurs à la responsabilité afin de préserver le pouvoir d’achat des populations.

















