Dès l’ouverture de son discours, le chef de l’État a souligné la gravité de la situation. « Depuis samedi dernier, la guerre s’empare une nouvelle fois du Proche et du Moyen-Orient », a-t-il déclaré, estimant que ce conflit « emporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité de tous ».
Dans cette intervention télévisée, Emmanuel Macron a tenté de tracer une ligne diplomatique d’équilibre : reconnaître la menace que représente, selon Paris, la politique régionale de Téhéran, tout en rappelant que l’offensive menée par Washington et Tel-Aviv ne s’inscrit pas dans le cadre du droit international. Le président français a ainsi estimé que ces opérations « ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver ».
Au-delà de cette position de principe, le chef de l’État a annoncé plusieurs mesures destinées à protéger les ressortissants français et à renforcer le dispositif militaire de la France dans la région. Paris entend ainsi se présenter comme une puissance à la fois diplomatique et stratégique, tout en appelant à éviter une escalade susceptible d’embraser l’ensemble du Moyen-Orient.
L’Iran au cœur du conflit
La crise actuelle trouve son origine dans l’offensive militaire déclenchée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Selon les autorités américaines et israéliennes, l’opération visait plusieurs installations stratégiques iraniennes, notamment des infrastructures liées au programme balistique, des bases militaires et des centres de commandement.
Le président américain Donald Trump a affirmé que ces frappes avaient pour objectif d’empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire et de garantir la sécurité des États-Unis et de leurs alliés au Moyen-Orient. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, de son côté, justifié l’opération en estimant que la République islamique constituait une menace existentielle pour Israël.
Dans son allocution, Emmanuel Macron a lui-même pointé les responsabilités qu’il attribue à Téhéran. « La République islamique d’Iran porte la responsabilité première de cette situation », a-t-il déclaré, accusant le régime d’avoir développé « un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites ».
Le président français a également évoqué l’influence régionale de l’Iran, accusé par plusieurs puissances occidentales de soutenir des groupes armés dans différents conflits du Moyen-Orient. Emmanuel Macron a notamment cité le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et diverses milices présentes en Irak.
Selon plusieurs sources, les frappes menées par Washington et Tel-Aviv auraient également coûté la vie à plusieurs responsables iraniens de premier plan, dont le guide suprême Ali Khamenei. À Téhéran, la réaction a été immédiate. Le président iranien Masoud Pezeshkian a dénoncé une « agression » et un « crime de guerre », promettant des représailles contre les États-Unis et Israël.
Face à ces menaces, Emmanuel Macron a appelé à une désescalade rapide. « Une paix durable dans la région ne se fera que par la reprise de négociations diplomatiques », a-t-il affirmé.
Protéger les Français
Une large partie de l’allocution présidentielle a été consacrée à la protection des ressortissants français et aux mesures prises pour sécuriser les intérêts de la France dans la région.
Près de 400 000 citoyens français se trouvent actuellement au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de résidents, de travailleurs expatriés ou de voyageurs. Face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire, Paris a lancé une opération de rapatriement destinée aux personnes souhaitant quitter la région. « Près de 400 000 de nos compatriotes sont présents dans la région », a rappelé Emmanuel Macron, précisant que la France organise « en bon ordre le rapatriement de nos concitoyens qui le souhaitent, en commençant par les plus vulnérables ».
Dans le même temps, les autorités françaises ont renforcé la sécurité de leurs installations militaires dans la région. Certaines bases auraient déjà été visées par des frappes limitées. « Deux d’entre elles ont subi des frappes ayant causé des dégâts matériels », a indiqué le président.
Plusieurs moyens militaires supplémentaires ont été déployés, notamment des avions de combat Dassault Rafale, des systèmes de défense anti-aérienne et des dispositifs de surveillance avancés. Le porte-avions Charles de Gaulle (R91) a également reçu l’ordre de se diriger vers la Méditerranée orientale afin de renforcer la présence navale française dans la zone.
Selon l’Élysée, ces mesures s’inscrivent dans un cadre strictement défensif. « Il en va de la crédibilité de la France d’être ce partenaire de confiance qui honore ses engagements », a déclaré Emmanuel Macron. La France est en effet liée par plusieurs accords de défense avec des États de la région, notamment le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis, tout en entretenant des partenariats militaires étroits avec la Jordanie et l’Irak. Dans les premières heures du conflit, les forces françaises ont d’ailleurs abattu plusieurs drones « en légitime défense ».
Le spectre d’un choc mondial
Au-delà de la dimension militaire, Emmanuel Macron a mis en garde contre les conséquences économiques et stratégiques d’un conflit prolongé.
La fermeture du détroit d’Ormuz constitue l’une des principales préoccupations des marchés internationaux. Ce passage maritime stratégique voit transiter environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde.
« Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz est de fait fermé », a alerté le président français, soulignant que cette situation pourrait provoquer des perturbations majeures pour l’économie mondiale.
Les tensions touchent également le canal de Suez et la mer Rouge, deux axes essentiels du commerce international. Face à ces risques, Paris plaide pour la mise en place d’une coalition internationale chargée de sécuriser les routes maritimes. « Nous sommes à l’initiative pour bâtir une coalition afin de sécuriser ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale », a indiqué Emmanuel Macron.
La crise suscite par ailleurs de vives réactions sur la scène internationale et révèle des divisions au sein même de l’Europe. L’Espagne s’est montrée particulièrement critique à l’égard de l’offensive menée par Washington et Tel-Aviv. Le Premier ministre Pedro Sánchez a dénoncé une action militaire « injustifiée et dangereuse » et a refusé d’autoriser l’utilisation des bases militaires de Rota et Morón par les forces américaines dans le cadre des opérations contre l’Iran. Cette décision a conduit au retrait de plusieurs avions militaires américains stationnés dans ces installations conjointes.
Cette position a provoqué des tensions diplomatiques avec Washington. Le président américain Donald Trump a menacé de suspendre les relations commerciales avec Madrid après ce refus, tandis que le gouvernement espagnol réaffirmait sa volonté de privilégier une solution diplomatique et le respect du droit international.
L’Allemagne, de son côté, a adopté une position plus prudente. Le chancelier Friedrich Merz a estimé qu’il ne s’agissait pas du moment de « donner des leçons » aux alliés occidentaux, tout en reconnaissant les difficultés juridiques et stratégiques que pose l’intervention militaire. Berlin partage néanmoins l’objectif d’empêcher l’Iran de développer des capacités nucléaires et appelle à éviter une escalade incontrôlable dans la région.
Malgré ces divergences, plusieurs capitales européennes tentent de coordonner leurs positions diplomatiques. L’Union européenne a également lancé des opérations de rapatriement pour ses ressortissants présents dans la région et suit de près l’évolution du conflit.
Dans ce contexte particulièrement incertain, Emmanuel Macron a conclu son intervention par un message de fermeté.
« Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, ma responsabilité est d’agir pour protéger notre pays », a-t-il déclaré.
Pour Paris, l’enjeu est désormais d’empêcher que cette crise ne se transforme en guerre généralisée au Moyen-Orient, tout en préservant les intérêts stratégiques et économiques de la France dans une région où les équilibres demeurent particulièrement fragiles.


















