Mise en lumière d’un instrument de musique emblématique de la paix et de l’intégration, représentant un vecteur d’unité entre les différentes nations et cultures.
Lorsqu’il n’exerce pas en tant que chef d’orchestre sur les scènes musicales, Souleymane Traoré, originaire de Nebadougou et reconnu sous le nom d’artiste Neba Solo, assume la fonction de chef d’atelier dédié à la fabrication de balafons. Installé sous un hangar, cet homme d’un certain âge, à la barbe grisonnante et au visage empreint d’expérience, représente la sérénité et la maîtrise de soi. Revêtu d’une chechia blanche, d’un t-shirt gris et d’un pantalon noir, il tient dans une main un maillet en bois et dans l’autre une gourde, procédant à l’évaluation des balafons déjà accordés par ses collaborateurs. Les lames, confectionnées à partir de l’arbre désigné sous le nom de “Nagnerki” en sénoufo ou “Guenin” en bambara, sont découpées conformément à des rites traditionnels, puis séchées et soumises à un processus de cuisson afin d’éliminer les impuretés. « Cela permet au balafon de produire un son harmonisé », précise Souleymane Traoré. L’instrument qui a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en décembre 2024 constitue un héritage familial. Néba Solo a acquis cette connaissance de son père. Dans son atelier, dénommé Zabo Traoré, établi à son domicile dans le quartier de Hamdallaye à Sikasso, bastion des Sénoufo, Neba Solo dirige la production de balafons avec une équipe d’une dizaine d’employés.
Un affrontement marquant d’une carrière.
« Alhamdoulilah ! – Loué soit Allah ! L’inscription du balafon en tant que patrimoine immatériel de l’UNESCO constitue une réalisation qui s’apparente à un rêve devenu réalité. » s’exclame Neba Solo avec emphase. Il ajoute : « Il s’agit de la reconnaissance de l’ensemble de nos efforts ainsi que de toutes nos souffrances en faveur de cet instrument. » Des épreuves qui n’ont jamais dissuadé le sexagénaire, qui déclare : « Chaque fois que l’on m’interroge sur les difficultés que j’ai rencontrées au cours de ma carrière, je réponds que toute épreuve précédant notre succès ne doit pas nous infliger de souffrance. » À présent à la retraite, cette distinction symbolise pour Mando Dembélé, ancien directeur du musée régional de Sikasso, l’apogée d’une existence consacrée à la promotion de la culture. « Cela nous offre non seulement la possibilité de le pérenniser, de le valoriser et de le vulgariser davantage, mais également de le diffuser et de le promouvoir », précise-t-il. Il précise : « En raison de cette reconnaissance, de nombreux intervenants dans ce secteur auront désormais l’opportunité de s’établir. »
Un outil de promotion de la paix.
Mando Dembélé, ancien directeur du musée de Sikasso, exprime sa fierté de constater que cet instrument, symbole de cohésion sociale, regagne sa place sur la scène internationale. Le balafon est un instrument partagé par plusieurs communautés maliennes, notamment les Sénoufo, Malinké, Bwa et Minianka, qui sont reconnues comme ses héritières légitimes, ainsi que par de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. « Le balafon, en plus de jouer un rôle intégrateur, contribue également au brassage social et renforce la cohésion », souligne le directeur du musée. Souleymane TRAORÉ souligne : « Au sein de notre communauté Sénoufo, les lames du balafon symbolisent les enfants d’un même père. Nous leur attribuons des désignations spécifiques : Gé, Zanga, Ngoro, Mpèré, Ntô et Gna, qui correspondent à l’ordre successif des fils d’une même lignée familiale. Nous instruisons donc Gé sur le fait qu’il ne peut se passer de Zanga, et réciproquement. Ainsi, nous tenons à rappeler à chacun que nous sommes tous interdépendants au sein de la société. »
Le balafon, instrument à la fois chanté et dansé, exerce également une fonction galvanisatrice. « Il inspire les agriculteurs, et même ceux qui ne maîtrisent pas la langue perçoivent son énergie. Il soutient les travailleurs dans leurs démarches, ainsi que les cérémonies de mariage, les baptêmes et les obsèques des défunts. Ainsi, nul ne nous porte de jugement lorsque nous en jouons lors de moments de réjouissance, même si le voisinage traverse une période de deuil, car le balafon occupe une place dans l’ensemble de nos événements, qu’ils soient empreints de joie ou de tristesse », précise-t-il.
Officier de l’ordre national, artiste engagé et critique des dysfonctionnements sociétaux, Neba Solo a dédié l’ensemble de sa carrière à la valorisation du Mali par le biais de l’interprétation du balafon. Il est particulièrement reconnu comme l’auteur de l’hymne officiel des Aigles du Mali, composé en 2002 à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations. Lorsqu’il a été questionné sur le caractère tardif de cette inscription, il a répondu avec une certaine philosophie : « La décomposition d’une feuille qui demeure longtemps dans l’eau est un processus prolongé, tout comme une femme doit endurer la fumée de la cuisine afin de concocter un plat savoureux. » «Toute épreuve qui précède la gloire ne doit en aucun cas nous décourager.»
Aly Diabaté


















