Tout est parti d’un communiqué publié le 1ᵉʳ avril par l’État-major des armées maliennes, évoquant la chute d’un aéronef sans pilote à proximité de Tinzaouatène, dans la région de Kidal. Dans un second communiqué plus détaillé, le gouvernement affirme que le drone, immatriculé TZ-98D et engagé dans une mission de surveillance antiterroriste, a été abattu à 9,5 km au sud de la frontière algérienne, soit bien à l’intérieur du territoire malien. Selon les autorités, la liaison avec l’appareil a été rompue à 10,2 km de la frontière, et la distance entre la perte de signal et le lieu de l’impact – 441 mètres – exclurait toute violation de l’espace aérien algérien.
Le gouvernement affirme que la chute de l’aéronef s’est faite à la verticale, ce qui laisserait supposer une attaque extérieure de type missile. Le drone aurait également transmis des données en temps réel sur une réunion de combattants identifiés comme appartenant à un groupe terroriste actif dans la région.
Face à cette situation, les autorités maliennes ont qualifié l’acte d’« agression préméditée », dénonçant une atteinte à leur souveraineté, et ont annoncé le dépôt d’une plainte contre l’Algérie auprès d’instances internationales. Dans le même temps, les trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso et Niger – ont rappelé leurs ambassadeurs pour consultations.
Riposte diplomatique d’Alger
L’Algérie a réagi avec fermeté, via un communiqué publié le 7 avril par son ministère des Affaires étrangères. Alger affirme que le drone malien a bel et bien franchi la frontière, pénétrant sur 1,6 km dans son espace aérien à 00 h 08, avant de faire demi-tour puis de revenir sur zone, adoptant une trajectoire qualifiée de « hostile ». L’armée algérienne a alors donné l’ordre de le détruire, invoquant le principe de légitime défense.
Le ministère algérien évoque par ailleurs deux précédentes intrusions, en août et décembre 2024, et affirme que des images radar et autres éléments techniques sont disponibles dans sa base de données pour attester de ces violations. Alger dénonce également une instrumentalisation politique du dossier par ce qu’elle appelle « la clique putschiste au pouvoir à Bamako », tout en regrettant l’alignement de Ouagadougou et de Niamey.
Conséquence directe : l’Algérie a rappelé ses ambassadeurs du Mali et du Niger et suspendu l’entrée en fonction de son nouvel ambassadeur au Burkina Faso. Le survol de son territoire par les appareils maliens est désormais interdit.
Mobilisation politique à Bamako
À Bamako, la classe politique et les organisations nationales ont largement exprimé leur indignation et affiché leur soutien à la version officielle.
Dans une déclaration publiée sur ses réseaux, Moussa Mara, ancien Premier ministre, a salué la réactivité du gouvernement et affirmé son appui à la démarche internationale engagée.
Le parti Adéma–PASJ, dans un communiqué diffusé le 7 avril, a dénoncé un « acte d’agression inédit » et appelé à une mobilisation nationale derrière les forces de défense.
Même tonalité du côté de Choguel Kokalla Maïga, ancien chef du gouvernement, qui a évoqué une « alliance impie » entre puissances étrangères visant à déstabiliser le Mali et salué la solidarité des États de l’AES. Il a appelé les citoyens à se rassembler autour des Monè bô denw, ces fils du peuple qui défendent, selon lui, « la dignité nationale au prix de leur sang ».
Le M5-RFP, par la voix de son président par intérim, l’imam Oumarou Diarra, a lui aussi condamné « avec la dernière énergie » ce qu’il considère comme une violation flagrante du droit international. Le mouvement voit dans cette destruction « une tentative perfide de déstabilisation de la nation malienne » et appelle les peuples du Mali, du Burkina Faso et du Niger à une « vigilance accrue » et à « la mobilisation générale autour des forces de défense et de sécurité de l’AES ».
Le CNID Faso Yiriwa Ton, enfin, a exprimé sa solidarité avec la transition et réaffirmé sa volonté de défendre chaque mètre carré du territoire malien.
Un climat bilatéral déjà fragilisé
L’incident intervient dans un contexte diplomatique tendu entre les deux pays. Depuis la suspension de l’accord pour la paix issu du processus d’Alger par le gouvernement malien en 2023, les relations sont devenues de plus en plus crispées. Alger s’est montré critique face à la présence de nouveaux partenaires sécuritaires, notamment russes, au Mali, tandis que Bamako dénonce une attitude ambivalente de l’Algérie vis-à-vis de certains groupes armés actifs dans le nord du pays.
Cette nouvelle crise met en lumière les limites de la coopération sécuritaire régionale et interroge sur l’avenir des relations entre les deux pays, dans un Sahel marqué par une montée des tensions géopolitiques et une fragmentation des alliances.
Malick KONATE



















