Dans la nuit du 15 février, aux alentours de 22 heures, des flammes ont commencé à s’élever du petit marché aux poissons situé au nord du site, selon plusieurs témoignages. Rapidement, le feu s’est propagé à une vitesse fulgurante vers le reste du marché Suguni Kura, alimenté par des matériaux hautement inflammables, notamment des stocks de vêtements, de tissus et de denrées diverses. À midi, le 16 février, le spectacle est désolant. Les étals et abris de fortune ne sont plus que des amas de tôles froissées, de briques calcinées et de marchandises réduites en cendres. Une épaisse fumée continue de s’élever au-dessus du site, signe de l’intensité du sinistre. Par endroits, les flammes restent visibles, consumant les derniers stocks encore accessibles. La chaleur résiduelle rend certaines zones impraticables.
« Je voyais de la fumée qui se dégageait de là. La protection civile ne pouvait pas atteindre ce niveau pour éteindre le feu. Je pensais pouvoir sauver quelque chose, mais tout est calciné, témoigne Abdoulaye Gadiaga, visiblement bouleversé.
Selon plusieurs commerçants, des explosions ont retenti au cœur de la nuit, projetant des débris incandescents sur les échoppes voisines et accélérant la progression du brasier. Salimatou Diabaté raconte : « Nous avons entendu des bruits vers 22 h et notre oncle disait que c’étaient des militaires qui faisaient des tirs. Nous lui avons dit que ce n’était pas le cas. Nous sommes allés à l’étage et avons vu les flammes. Le feu a commencé entre 22 h et 23 h, puis il s’est amplifié jusqu’à maintenant. Heureusement, il n’y a pas eu de perte en vies humaines. »
Les voies d’accès au foyer de l’incendie, obstruées par l’occupation anarchique des lieux, ont compliqué l’intervention des secours. Plusieurs magasins ont été touchés, notamment des boutiques de vêtements, de poissons et de denrées alimentaires. Malgré les efforts des riverains, qui ont tenté d’éteindre les flammes à l’aide d’eau puisée au robinet, le feu est resté hors de contrôle pendant de longues heures. « Nous prenons de l’eau du robinet pour tenter d’éteindre l’incendie. Nous sommes là depuis minuit à essayer de sauver ce que nous pouvons. Nous avons tout tenté, sans succès », explique Moussa Cissé.
Pour de nombreux commerçants, les pertes sont colossales. Doussou Fofana évoque des balles de friperies estimées à plus de dix millions de francs CFA. « Nous avons perdu beaucoup d’argent dans cet incendie. D’hier à 22 h jusqu’à aujourd’hui à 11 h, le feu ne s’est pas éteint et nous demandons l’aide des autorités afin qu’elles viennent nous débarrasser de ce feu dévastateur », lance-t-elle.
Grossiste fournissant à crédit de nombreux détaillants, Moussa Sylla s’est rendu sur les lieux dès l’alerte. « Ce sont mes clients qui m’ont appelé. J’ai mobilisé beaucoup de jeunes afin de sauver ce qui pouvait l’être. Ce que nous avons pu sauver ne vaut même pas 150 balles de friperies. Une femme a perdu plus de trois millions de FCFA en liquidités, sans compter environ 500 balles de friperies dans son magasin », détaille-t-il.
Autour des ruines, des habitants observent les dégâts, impuissants. Des tas de marchandises sauvées in extremis sont entassés à quelques mètres du brasier. L’air, saturé de fumée et de poussière, renforce l’atmosphère de chaos et de perte.
Les services de secours sont finalement parvenus à circonscrire l’incendie. Aucune cause officielle n’a pour l’instant été déterminée. Une enquête est en cours pour établir les circonstances exactes du sinistre et évaluer l’ampleur des pertes. Pour les commerçants et les habitants de ce centre névralgique d’activité économique à Bamako, les conséquences sociales et financières s’annoncent déjà lourdes.
















