« Le vrai artiste, c’est celui qui fait d’un affluent de bonnes idées un fleuve de bienfaits », rappelait le journaliste Sory Ibrahima Keita à l’ORTM. Bako Dagnon faisait partie de ces voix qui chantaient la bravoure, l’honneur, la solidarité et la mémoire.
Originaire du village de Golobladji, près de Kita, Bako Dagnon naît dans une famille de griots et de joueurs de n’goni. Très tôt, elle s’imprègne des chants, des gestes et des récits transmis de génération en génération. La parole y est mémoire, et le chant, un acte de transmission. Selon un proverbe mandingue : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Bako Dagnon, par sa voix, a permis à des pans entiers de cette bibliothèque orale de survivre. Elle commence à chanter lors de baptêmes et de mariages, et en 1966, à Kita, elle donne son premier concert public. Elle y remporte un prix régional avec une interprétation du chant peul Yirijanko Le, en bambara. Cette reconnaissance la mène aux scènes de la Biennale artistique de Bamako, où elle représente sa région avec l’orchestre de Kita.
En 1974, elle intègre l’Ensemble instrumental national du Mali. Avec cette formation, elle se produit en Afrique et à l’international, notamment en Chine, où elle chante devant Mao. Son répertoire s’élargit alors aux vastes épopées mandingues : Soundiata Keïta, les batailles de Samory Touré, les chants des chasseurs. Elle devient, selon ses contemporains, une véritable « gardienne du temple mandingue ». Son engagement pour préserver la tradition n’empêche pas les collaborations contemporaines. Elle enregistre plusieurs albums : Titati (2007), produit par Ibrahima Sylla, Sidiba (2009), qui contient Le guide de la révolution, chanté en français. Elle participe aux albums collectifs Mandekalou I et II, réunissant des griots du Mali, et prête sa voix à des projets fusion comme Électro Bamako de Marc Minelli.
Parmi ses titres les plus populaires figure Tiga Monyonko (« En épluchant les cacahuètes »), devenu un tube dans les années 1970. Artistes et chercheurs l’ont souvent consultée. Ali Farka Touré, entre autres, faisait appel à sa connaissance des anciens chants pour en retrouver le sens originel. Elle transmet également à Rokia Traoré différentes versions de l’épopée de Soundiata, contribuant à ancrer ces récits dans le présent. Décorée chevalier de l’ordre national du Mali en 2009, elle est promue officier peu après sa mort. Sa carrière, jalonnée de prix et de reconnaissances, s’est construite sans jamais renier les fondements culturels de sa formation.
À sa mort, la ministre de la Culture du Mali lui rend ainsi hommage : « Elle a mis son talent au service du rayonnement artistique du Mali et a fait connaître, au-delà de nos frontières, les richesses de la musique traditionnelle. » Un proverbe dit : « La parole du griot fait voyager l’absent et revivre l’ancêtre. » Bako Dagnon, par son chant, continue d’accomplir cette mission.
Aly DIABATÉ



















