Sa mort a résonné comme un coup de tonnerre. Non pas seulement parce qu’un homme a été tué, cela hélas, le Mali s’y habitue, mais parce qu’Aboubacar Cissé n’était ni un inconnu, ni un homme de conflits. Il était un visage familier dans son quartier, un sourire doux, une voix posée. À 22 ans, il croyait que la foi pouvait désarmer les cœurs. Il enseignait la paix, et c’est dans cet acte-là qu’il est tombé.
Le 8 mai, à Bamako, ils étaient nombreux à venir pleurer son départ. Parents, voisins, amis, inconnus même. Dans la mosquée où s’est tenue la prière mortuaire, le silence pesait plus que les mots. On entendait des soupirs, des larmes retenues, des sanglots étouffés. On racontait qu’Aboubacar se levait chaque matin avant l’aube pour prier seul, puis qu’il allait aider à la mosquée, qu’il refusait toujours de parler mal de quiconque.
Sa tante, la voix brisée par le chagrin, a murmuré entre deux sanglots :
« C’était le fils de mon frère… Mon enfant aussi. Il priait, il jeûnait, il aidait. Il ne criait jamais. On lui a ôté la vie, mais pas la foi. »
Aboubacar CISSÉ a reçu des dizaines de coups de couteau, le 25 avril 2025, alors qu’il apprenait la prière à son futur meurtrier, un jeune Français de 20 ans, dans une mosquée de La Grande-Combe au sud de la France. Un ami proche, qui n’a pas réussi à terminer son témoignage sans pleurer, a dit simplement : « Il m’a appris à aimer Dieu. C’est en enseignant Dieu qu’il est mort. Qui peut comprendre une telle douleur ? »
Un imam a pris la parole avec lenteur, la gorge serrée :
« Mourir en enseignant la prière, c’est un honneur que Dieu accorde à peu d’hommes. Il est tombé les mains tendues, en train de montrer à un autre comment se tenir devant Dieu. Ce n’est pas une mort. C’est un passage. »
Né en 2003 au Mali, Aboubacar est arrivé en France il y a une dizaine d’années. Sa prière mortuaire a eu lieu dans une mosquée de Garantiguibougou, le quartier de sa famille situé en commune 5 du district de Bamako. La cérémonie a eu lieu en présence des ministres maliens des Affaires
Religieuses, du culte et des coutumes, Mahamadou Koné, et celui des Maliens établis à l’extérieur, Moussa Ag Attaher, mais également le consul du Mali en France, présent aux funérailles, qui a tenu à dire quelques mots empreints de respect : « Le tueur a pris la vie d’un homme, mais il n’a pas pu toucher son âme. Aboubacar est parti en paix, éclairé par la lumière de sa foi. Et cette lumière, aucun couteau, aucune balle ne peut l’éteindre. »
Ce 8 mai, sa dépouille a été transportée jusqu’à Yaguiné, dans le cercle de Yélimané. C’est là, sur sa terre natale, entouré des siens, qu’il a été inhumé. Dans ce village, les anciens ont pleuré. Les enfants ont écouté, pour la première fois, ce que veut dire mourir en croyant.
Aboubacar n’aura pas eu le temps d’avoir des enfants, ni d’aller au pèlerinage dont il rêvait. Mais, il laisse à toute une génération un héritage silencieux : celui d’un jeune homme tombé debout, en plein acte de foi, sans haine, sans peur. En disparaissant, il aura réussi à rassembler autour de lui, dans la douleur, des croyants de toutes confessions, unis contre un même fléau : le terrorisme.
Et dans sa mort, il a rassemblé au-delà des appartenances. Musulmans, chrétiens, agnostiques, tous ont vu en lui non une victime, mais une lumière. Une lumière brisée par la main d’un fanatique, mais rallumée dans le cœur de tous.


















