Dès l’ouverture, les visiteurs affluent. Les stands s’alignent, les ouvrages sont exposés et les échanges s’engagent. Romans, essais, recueils de poésie et ouvrages de réflexion composent une offre variée, révélatrice de la richesse de la production malienne.

Parmi les exposants, les Éditions Gafé occupent une place remarquée. Leur stand, aménagé, attire de nombreux curieux. Pour sa directrice, l’écrivaine Touré Aïcha Diarra, la Rentrée littéraire représente avant tout « une vitrine qui permet de valoriser le travail réalisé sur plusieurs années ». Elle souligne que cet espace favorise aussi la mise en lumière des auteurs et de leurs productions, tout en facilitant les rencontres avec le public. La question de la visibilité reste centrale. « Pour qu’un livre soit lu ou acheté, il faut d’abord qu’il soit découvert », explique-t-elle. Elle insiste également sur l’importance du public scolaire et universitaire : « La rentrée littéraire permet aux élèves et aux étudiants de découvrir nos productions et d’échanger directement avec les éditeurs. » Même si, reconnaît-elle, « les livres ne s’achètent pas encore suffisamment au Mali », ces moments de contact demeurent essentiels pour installer durablement la culture de la lecture.
Les auteurs partagent ce constat. Mamadou N’Diaye, auteur de Libération des intelligences, participe pour la première fois à la Rentrée littéraire. Issu du monde de l’entreprise, il confie « découvrir un univers nouveau », marqué par « un véritable dynamisme et un réel engouement ». Ce qui le frappe particulièrement, dit-il, c’est l’intérêt des jeunes : « Il y a toute une frange de la population, notamment juvénile, prête à écrire, mais on en parle très peu. »
Même sentiment chez Mamoudou Thiero, médecin et auteur de Terre d’Espérance, pour qui la rentrée littéraire joue un rôle central dans l’écosystème du livre. Présent à la librairie éphémère, il insiste sur l’importance de cet espace de rencontres : « La preuve, je suis là, en face de vous, en interview avec la presse. La rentrée littéraire, ça sert à ça : mettre en contact les auteurs, les éditeurs, les libraires et la presse. »
Il met également en avant la dimension collaborative de l’événement : « Cela permet les échanges entre partenaires et entre tous les acteurs du livre. C’est extrêmement important. » Pour lui, la rentrée littéraire dépasse la simple exposition d’ouvrages et s’impose comme un véritable carrefour d’idées et de collaborations.
Dans les allées de la librairie, les élèves sont nombreux. Mariama Diallo, lycéenne au lycée public de Sanakoroba, visite les stands avec ses camarades. Dans sa main, un livre remporté lors d’un concours organisé dans le cadre de la Rentrée littéraire. Pour elle, l’événement « signifie beaucoup », car il permet « de découvrir de nombreux livres et de rencontrer des auteurs ». Elle y voit aussi une ouverture intellectuelle : « La lecture nous aide à ouvrir notre esprit et à avoir des idées nouvelles. » Un message qu’elle adresse à sa génération : « Les jeunes doivent éviter la paresse. Lire, c’est se former et mieux comprendre le monde. »
Du côté de l’organisation, la librairie éphémère répond à une demande longtemps exprimée par les acteurs du livre. Ibrahima Aya, membre du comité international d’organisation de la Rentrée littéraire du Mali, rappelle que « beaucoup de personnes demandaient un espace d’exposition et de vente de livres ». L’entrée est « libre et gratuite », précise-t-il, et la librairie est ouverte du 10 au 14 février 2026. Il invite les Maliens à venir découvrir la production nationale : « Les Maliens produisent, et c’est extrêmement important de le montrer, surtout en ces temps de crise. »
Au-delà de l’exposition et de la vente d’ouvrages, la Rentrée littéraire du Mali s’impose ainsi comme un espace de dialogue et de circulation des idées. Cafés littéraires, débats, tables rondes et rencontres avec les auteurs rythment l’événement dans plusieurs lieux de Bamako, notamment dans les universités et les lycées. Autant d’initiatives qui traduisent une ambition claire : rapprocher durablement le livre de ses lecteurs et faire de la lecture un enjeu culturel partagé.
Aly Diabaté


















